Pratiques
en mouvement

savoirs, luttes et pratiques des groupes féministes francophones au Canada

Description du podcast

Alors que l’intersectionnalité s’impose depuis quelques années comme le paradigme dominant dans les milieux féministes, comment les méthodes d’intervention féministe s’y adaptent-elles et s’en inspirent ? Cette série en six épisodes explore les spécificités de l’intervention féministe francophone dans l’Est du Canada: contexte d’émergence, manque de financements chronique, racisme institutionnalisé, discriminations basées sur le genre, la race ou encore la langue. Treize travailleuses de milieux communautaires et universitaires nous partagent expériences et expertises sur ces sujets. Pratiques en mouvement est une série de balado financée par le Réseau québécois en études féministes et coordonné par une équipe partenariale d’actrices communautaires et universitaires, dirigée par Carole Boulebsol (UQO) et coordonnée par Juliette Chevet (UQAM).

Écouter

En dépit des colloques, forums et sessions de formation auxquels les groupes de femmes ont été associés au cours des dernières décennies, force est de constater qu’encore trop peu de contenus issus des milieux francophones contribuent à documenter leurs pratiques (Corbeil et Marchand, 2010). Pourtant, les groupes féministes qui œuvrent en intervention sont confrontés à une complexification des problématiques vécues par les femmes et personnes minorisées, mais aussi à plusieurs difficultés au niveau organisationnel (l’embauche, la gestion féministe, etc.) (Marchand, Boulebsol et Corbeil, 2020; Lamoureux, 2023). Aussi, plusieurs regroupements remarquent qu’il est difficile de transmettre au sein même des groupes différentes pratiques et repères féministes aux intervenantes de la relève, faute de temps ou de moyens pour le faire. Dans le même ordre d’idées, certaines redoutent que les mémoires de l’intervention féministe se perdent ou qu’un écart entre les générations d’intervenantes se creuse, là où on souhaiterait davantage solidifier des ponts. Par ailleurs, il est certain que les nouvelles générations d’intervenantes ont-elles aussi des savoirs à transmettre aux plus aguerries.

Pour combler ces manques et répondre aux besoins d’ordre scientifique et socio-pratique, une équipe partenariale a vu le jour dès 2021 et s’est consolidée autour de cette série de balado. Ainsi, quatre représentantes de grands regroupements féministes font alliance avec quatre chercheuses afin de rendre compte de l’intervention féministe à l’aube du premier quart du 21ème siècle au Canada, dans un contexte francophone minoritaire.

Ensemble, nous avons souhaité documenter et réfléchir de manière critique aux pratiques féministes francophones, au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Ce balado permet d’archiver, et ainsi de rendre compte de l’évolution des pratiques dans les dernières années, notamment à la lumière de l’influence de l’intersectionnalité sur leurs modalités, sur les leviers et les obstacles à l’inclusion d’une diversité d’identités de genre et sur l’organisation du travail militant. À destination des étudiant·es en travail social, des intervenantes et du grand public, ce balado a pour objectif d’archiver et de transmettre les enjeux des intervenantes féministes francophones.

Le projet a été dirigé par Carole Boulebsol (UQO) et coordonné par Juliette Chevet (UQAM). Cela étant, il a été pensé collectivement avec Mylène Bigaouette (Fédération des Maisons d’Hébergement pour Femmes), Marie-Pascale Lafrenière (Action Ontarienne contre la violence faite aux femmes), Geneviève Latour (Regroupement Féministe du Nouveau-Brunswick), Christine Corbeil (UQAM), Catherine Flynn (UQAC), Isabelle Marchand (UQO) et Marie-Mythzy Larrieux (Relais-Femmes).

Pour cette aventure, Carole Boulebsol et Juliette Chevet se sont déplacées dans trois provinces (Ontario, Nouveau-Brunswick, Québec) pour rencontrer 13 invitées, et s’entretenir sur l’intervention féministe francophone. Chaque épisode a été réalisé en partenariat étroit avec les regroupements partenaires et avec le soutien des universitaires impliquées, tant dans le choix de la thématique que des invitées.

Il en résulte une série de six épisodes qui font état des victoires, des forces mais aussi des défis avec lesquels composent les organismes féministes en 2025, dans les provinces francophones de l’Est du Canada.

Épisode 0
Épisode 1
Épisode 2

Épisode d’introduction

Invitées :

Mylène Bigaouette (FMHF) et Christine Corbeil (UQAM)

Mots Clés :

#interventionféministe #feministtherapy #savoirsetpratiquesféministes #francophonie

Si je vous dis : intervention féministe francophone, vous pensez à qui ? À des groupes de femmes ? À des luttes collectives ? À des pratiques de terrain ? À des recherches engagées ? Oui entre autres… mais l’expression renvoie aussi à des savoirs et mémoires vivantes, à des défis bien concrets, sur fond de rapports de pouvoir, de précarité, de sous-financement, mais surtout à une grande créativité, qui se renouvelle chaque jour.

Quels sont les enjeux actuels de l’intervention féministe contemporaine ? Qu’est-ce que ça veut dire être intervenante féministe dans la francophonie de l’Est du Canada ? Christine Corbeil replace les bases de l’émergence de l’intervention féministe au Québec et Mylène Bigaouette nous accompagne à travers les questionnements actuels dans l’intervention féministe francophone à l’Est du Canada. Un épisode pour annoncer les suivants : une (re)découverte des luttes et des actions féministes francophones au Canada.

  • Boulebsol, C., Cousineau, M.-M., Deraiche, C., Flynn C. Genest, S., Jimenez, E. et Maheu, J. (dir.) (2022). Pratiques et recherches féministes en matière de violence conjugale: coconstruction des connaissances et expertises. Presses de l’Université du Québec.
  • Corbeil, C. et Marchand, I. (2007). Penser l’intervention féministe à l’aune de l’approche intersectionnelle : Défis et enjeux. Nouvelles pratiques sociales, 19(1), 4057. https://doi.org/10.7202/014784ar
  • Corbeil, C. et Marchand, I. (2010). L’intervention féministe : un modèle et des pratiques contemporaines dans le mouvement des femmes québécois. Dans L’intervention féministe d’hier à aujourd’hui. Remue-ménage.
  • Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (2018). Intervention féministe intersectionnelle. Réflexions et analyses pour des pratiques égalitaires et inclusives. Guide d’introduction à l’intention des partenaires.
  • Marchand, I., Corbeil, C. et Boulebsol, C. (2020). L’intervention féministe sous l’influence de l’intersectionnalité : enjeux organisationnels et communicationnels au sein des organismes féministes au Québec. Communiquer. Revue de communication sociale et publique, (30), 3352. https://doi.org/10.4000/communiquer.7271

Épisode 1

Invitées :

Marie-Mythzy Larrieux (Relais-Femmes) et Alexandra Pierre (UQAM)

Mots Clés :

#recherche partenariale #intersectionnalité #francophonie #blanchité #Québec #injusticeépistémique

Cet épisode explore les enjeux de la recherche partenariale féministe en français, à partir de l’expérience des invitées Marie-Mythzy Larrieux et Alexandra Pierre.

Leur réflexion se construit autour du rôle de Relais-Femmes, organisme québécois qui agit comme pont entre les milieux communautaires et universitaires, pour favoriser la co-construction de savoirs et le dialogue entre pratiques de terrain et recherches académiques.

Les invitées rappellent l’importance, en recherche féministe, de valoriser des savoirs multiples : savoirs expérientiels des femmes, savoirs militants, savoirs communautaires et savoirs universitaires. Cela suppose de reconnaître les formes d’oppression croisées (racisme, sexisme, colonialisme, oppression linguistique…) dans une perspective intersectionnelle.

Or, elles soulignent que l’intersectionnalité est souvent « blanchie » dans les milieux francophones québécois : elle est réinterprétée à travers des enjeux de domination linguistique francophones/anglophones, au détriment de son ancrage initial dans les luttes des femmes racisées, et notamment des femmes noires. Elles dénoncent aussi l’invisibilisation des apports des militantes locales (femmes autochtones, haïtiennes, asiatiques…) au Québec. Elles appellent à développer un savoir féministe en français, ancré dans les réalités québécoises, plutôt que de simplement traduire ou importer des concepts anglophones, afin de mieux refléter les spécificités des contextes locaux. Un autre enjeu important est celui de la co-construction vs inclusion : trop souvent, les milieux de recherche prétendent inclure les personnes racisées sans changer les cadres existants. La véritable inclusion passe par une transformation des structures et par un dialogue qui reconnaît les savoirs et les expériences des personnes marginalisées.

Enfin, les invitées mobilisent le concept d’épistémologie de l’ignorance pour expliquer comment les groupes dominants (personnes blanches, hommes, personnes valides, etc.) choisissent souvent de ne pas savoir ou de minimiser certaines réalités, pour maintenir leur position de pouvoir.

Être féministe dans une perspective intersectionnelle implique donc de reconnaître cette ignorance volontaire et d’accepter de partager le pouvoir, même si cela demande à certaines personnes et groupes de renoncer à des privilèges pour construire un monde plus juste et plus équitable.

Le site de Relais-Femmes

Épisode 2

Invitées :

Dada Gasirabo (Oasis centre des femmes), Jeanne Françoise Mouè (MOFIF), Maïra Martin (Action ontarienne contre la violence faite aux femmes), Sadjo Paquita (Université d’Ottawa)

Mots Clés :

#francophonie #ontario #intersectionnalité #linguicisme #humilitéraciale #sécurisationculturelle #servicesdesanté

Cet épisode explore les enjeux de l’intervention féministe intersectionnelle auprès des femmes francophones en contexte minoritaire en Ontario, en particulier les femmes immigrantes et racisées.

Les invitées — Jeanne Françoise Mouè, Maïra Martin et Dada Gasirabo — partagent leur expérience dans des organismes communautaires féministes tels qu’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes et Oasis Centre des femmes.

Elles soulignent la diversité des communautés francophones de l’Ontario (communautés historiques et immigration récente, notamment en provenance de l’Afrique), et la nécessité de reconnaître cette pluralité au sein des espaces francophones souvent marqués par une vision homogène de la francophonie. Les organismes féministes francophones jouent un rôle essentiel pour : offrir des services en français de qualité aux femmes, créer des espaces de solidarité pour les travailleuses, favoriser une approche intersectionnelle et adaptée aux besoins des femmes. Un enjeu majeur reste le manque de continuum de services en français : par exemple, si l’hébergement est accessible, les soins en santé mentale ou autres services spécialisés ne le sont pas toujours. Cela crée des situations où des femmes francophones, notamment immigrantes, restent en situation de vulnérabilité ou sont mal comprises dans les institutions anglophones. Les participantes rappellent l’importance de prendre en compte le racisme systémique, le linguicisme (discrimination liée à la langue), et les autres systèmes d’oppression croisés. Par exemple, une femme noire francophone pourra subir à la fois des discriminations raciales, linguistiques et sexistes, qui se complexifient mutuellement.

Les intervenantes insistent sur la nécessité de pratiquer une intervention féministe intersectionnelle : en partant des besoins exprimés par la personne, en co-construisant les réponses avec elle, en évitant les réflexes normatifs ou les réponses standardisées (ex : appeler la police n’est pas toujours une solution sécurisante pour toutes les femmes). Cela exige une sensibilité et une humilité réflexive : comprendre que l’on n’a pas toujours les bonnes réponses, accepter de se laisser guider par le vécu et les savoirs des femmes accompagnées, reconnaître que même les milieux féministes peuvent reproduire des oppressions (racisme, colonialisme…).

Sadjo Paquita, docteure en études féministes, nous introduit au concept de sécurisation culturelle comme levier complémentaire à la compétence culturelle : il s’agit d’adapter les interventions pour qu’elles soient réellement sécurisantes pour les femmes concernées, en tenant compte de leurs parcours, de leurs identités et de leurs expériences des systèmes d’oppression. Enfin, l’épisode se conclut sur l’idée que favoriser l’épanouissement des femmes, c’est œuvrer pour le bien-être de la société dans son ensemble : l’intervention féministe intersectionnelle n’est pas un luxe, c’est une approche indispensable pour garantir des droits égaux et des soins de qualité à toutes.

  • Action ontarienne contre la violence faite aux femmes. (2024, 4 juin). Elles parlent… de racisme dans les relations d’aide (no 2.02) [épisode de balado]. https://actionontarienne.ca/balado/
  • Depris, E. (2024). Mécanique du privilège blanc. Binge Audio éditions.
  • Paquita, S. (2025). Racisme anti-Noir dans la profession infirmière: Comprendre l’expérience des infirmières Noires exerçant dans la région de la capitale nationale (Ottawa-Gatineau), Thèse, Université d’Ottawa
  • Maddibo, A. (2020). Reverse Inclusion: Black Francophones in the Interface between Anti-Black Racism and Linguicism. https://doi.org/10.1111/cars.12290
  • Madibbo, A. (2018). L’immigration transnationale africaine francophone en milieu minoritaire et son impact sur l’intégration dans la société canadienne.  Francophonies d’Amérique, (46-47), 127–148. https://doi.org/10.7202/1064890ar

Le site de l’Action ontarienne contre la violence envers les femmes

Le site d’Oasis Centre des femmes

Le site du Mouvement ontarien des femmes immigrantes francophone MOFIF

Épisode 3

Invitées :

Rebecca Denney (Maison Dalauze), Nora Hocianat (FMHF)

Mots Clés :

#québec #interprètes #maisonsd’hébergement #femmesvictimesdeviolence #lienthérapeutique

Cet épisode, en collaboration avec la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF) et la Maison Dalauze, aborde le rôle central des interprètes dans l’accompagnement des femmes immigrantes allophones victimes de violence.

Les invitées, Rebecca Denney (intervenante juridique à la Maison Dalauze) et Nora Hocianat (coordonnatrice à la sensibilisation et à la formation à la FMHF), présentent d’abord le fonctionnement des maisons d’hébergement : elles offrent un hébergement sécuritaire (adresse confidentielle) et des suivis externes, elles accompagnent les femmes dans leurs démarches juridiques, d’immigration, de réinsertion sociale, etc. La Maison Dalauze propose également une seconde étape : appartements sécurisés pour favoriser une transition vers l’autonomie.

Les maisons de la FMHF (37 en première étape et 19 en seconde étape, partout au Québec) adoptent une approche féministe intersectionnelle, centrée sur les besoins et le rythme des femmes. Chaque année, environ 700 femmes accompagnées sont nées à l’étranger. On recense plus de 80 langues parlées, ce qui implique un important besoin en services d’interprétariat. Être allophone signifie ne pas maîtriser suffisamment le français ou l’anglais pour permettre un accompagnement de qualité et respectueux des droits. Le recours à des interprètes permet de : garantir l’accès aux droits et aux services, assurer une compréhension mutuelle entre l’intervenante et la femme accompagnée, créer un lien de confiance, essentiel dans le cadre de situations de violence.

Cependant, traduire dans un contexte de violences conjugales ou familiales exige des compétences spécifiques. D’où la mise en place, en partenariat avec la TCRI (table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes), d’une formation dédiée aux interprètes : comprendre les dynamiques de violence et leurs impacts, respecter l’éthique professionnelle tout en étant conscient des risques émotionnels et physiques, prévenir les féminicides en évitant des erreurs qui pourraient mettre en danger les femmes. Le rôle de l’interprète ne se limite pas à la traduction littérale : il s’agit aussi de traduire les contextes culturels, de transmettre les références et de faciliter la compréhension des droits et des services québécois. La formation insiste également sur : le respect des limites professionnelles (ne pas conseiller, ne pas interpréter les émotions), la nécessité pour les interprètes (souvent travailleuses autonomes racisées, elles-mêmes issues de l’immigration) de bénéficier de soutien clinique et de communautés de pratique, car elles peuvent être exposées à des contenus traumatisants.

Enfin, la qualité de l’intervention repose sur un équilibre tripartite : intervenante, interprète, femme accompagnée. Toutes doivent collaborer pour garantir un accompagnement sécuritaire, respectueux et efficace. En somme, cet épisode met en lumière l’importance cruciale de former les interprètes et de reconnaître leur rôle dans l’accès aux droits et aux soins pour les femmes allophones victimes de violence.

  • Castro-Zavala, S. (2020). L’intervention en maison d’hébergement auprès des femmes immigrantes victimes de violence conjugale : une analyse intersectionnelle des pratiques. Canadian Social Work Review / Revue canadienne de service social, 37(1), 141–161. https://doi.org/10.7202/1069986ar
  • Dennene, N. et Dennene, S. (2024). L’interprétariat: une courroie de transmission pour sauver des vies ! Rapport d’évaluation. La Maison Turquoise & soeurs
  • Fédération des maisons d’hébergement pour femmes. (2015). Je viens de la Dinde. Y a-t-il un interprète dans la salle ? Rapport final du projet Adaptation de l’intervention et des services aux réalités et besoins des femmes immigrantes, des femmes issues des communautés ethnoculturelles et des enfants de ces femmes https://www.mifi.gouv.qc.ca/publications/fr/dossiers/valoriser-diversite/memoires/002_MEM_FMHF.pdf
  • Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (s.d.) Répertoire de services pour l’accès à l’interprétariat pour les femmes immigrantes, réfugiées et à statut précaire. TCRI

Le site de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes

Le site de la Maison Dalauze

Épisode 4

Invitées :

Geneviève Latour (RFNB), Arianne Melara Orellana (RFNB), Léonore Bailhache (RFNB), Kim Dubé (Université de Moncton)

Mots Clés :

#nouveaubrunswick #organisationféministedutravail #minoritélinguistique

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB) est un organisme francophone militant pour une refonte radicale et intersectionnelle de la société. Dans cet épisode, nous entendons Geneviève Latour, Arianne Melara Orellana et Léonore Bailhache nous raconter le parcours et les actions de leur organisme. À leur voix s’ajoute celle de la chercheuse et professeure Kim Dubé de l’Université de Moncton.

Le RFNB cherche à appliquer ses valeurs féministes au sein même de son fonctionnement : meilleures conditions de travail, politiques salariales équitables, congés parentaux bonifiés, politiques de santé, et ce pour éviter de reproduire les inégalités qu’il combat. Toutefois, ces ambitions se heurtent à un sous-financement chronique, obligeant l’équipe à multiplier les demandes de subvention, ce qui entraîne une surcharge de travail et un risque de burn-out militant.

Le contexte linguistique du Nouveau-Brunswick, province officiellement bilingue et à forte ruralité, amène aussi des défis spécifiques : malgré le bilinguisme officiel, les francophones (notamment les femmes) rencontrent des obstacles importants pour accéder à des services essentiels en français (justice reproductive, santé sexuelle, physique et mentale). L’insécurité linguistique et l’oppression linguistique sont des enjeux centraux pour le RFNB, qui milite pour que ces réalités soient reconnues dans les approches dominantes.

Les invitées soulignent aussi les tensions liées à l’inclusion réelle : vouloir être un organisme inclusif implique des défis concrets, surtout avec des ressources limitées. Elles insistent sur l’importance d’une approche transparente : reconnaître ce qu’il est possible de faire, nommer les limites quand elles existent, et ne pas faire porter les obstacles structurels sur les individus.

Enfin, les invitées partagent l’importance de créer des espaces militants porteurs de sens et d’espoir, des « bulles d’utopie réelle », où le féminisme est incarné dans les pratiques quotidiennes, même de manière imparfaite.

Description pour les plateformes :  Être féministe c’est avoir des idées, mais c’est aussi, voire surtout, essayer d’appliquer ces idées dans ses choix quotidiens, notamment dans l’organisation féministe où l’on travaille. Trois membres du Regroupement Féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB) nous racontent comment le Regroupement essaie de mettre en place dans son fonctionnement interne les idéaux auxquels elles aspirent, et ce malgré le manque de financement chronique. Arianne Melara Orellana, Léonore Bailhache et Geneviève Latour nous partagent l’importance de créer des espaces militants porteurs de sens et d’espoir, des « bulles d’utopie réelle », où le féminisme est incarné dans les pratiques quotidiennes, même de manière imparfaite. Kim Dubé (professeure à l’Université de Moncton) nous présente le contexte de la province, où malgré le bilinguisme officiel, insécurité et oppression linguistiques restent des enjeux centraux.

  • Flahault, É., Dussuet, A. et Loiseau, D.  (2014). Emploi associatif, féminisme et genre. Travail, genre et sociétés, 31(1), 101-121. https://doi.org/10.3917/tgs.031.0101.
  • Latour, G. (2025). Soins d’avortement au Nouveau-Brunswick : disponibilité ne veut pas dire accessibilité. À bâbord !, (104), 56–57.

Le site internet du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick

Épisode 5 – Épilogue

 
Mots Clés :

#interventionféministe #francophonie #ontario #québec #nouveaubrunswick #intersectionnalité

Pour clore cette série, nous faisons un retour sur les éléments-clés que nous avons appris au fil de ces rencontres, notamment les défis auxquels font face les organismes francophones, que ce soit dans des provinces majoritairement anglophones, bilingues ou francophones. Parmi eux, le manque de financements des organismes féministes met les travailleuses à risque de burnout militant ou les empêche de mettre en place tous les projets qu’elles souhaiteraient.

La diversification des populations francophones en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick change le travail des intervenantes qui doivent développer une sensibilité intersectionnelle, comprenant humilité raciale et sécurisation culturelle pour bien accompagner les femmes qui en ont besoin. En plus, le concept d’épistémologie de l’ignorance nous a aidé à expliquer comment les groupes dominants choisissent parfois de ne pas savoir et de ne pas regarder certaines réalités.

Aujourd’hui encore, il reste essentiel de continuer à mettre en lumière les pratiques féministes développées par les travailleuses, pour qu’elles ne soient ni invisibilisées, ni oubliées. Vous trouverez plus de ressources sur www.interventionféministe.com. Merci de nous avoir écouté·es !

  • Cardinal, L. (1992). La recherche sur les femmes francophones vivant en milieu minoritaire : un questionnement sur le féminisme. Recherches féministes5(1), 5–29. https://doi.org/10.7202/057668ar
  • Flynn, C., Couturier, P., Gagnon, C., Maheu, J., Fedida, G., Lafortune, L., Monastesse, M. et Cousineau, M.-M. (2018). Violence conjugale et intervention féministe au Québec – les défis d’une pratique subversive dans un contexte de politiques néolibérales. Nouvelles Questions Féministes, Vol. 37(2), 4763. https://doi.org/10.3917/nqf.372.0047

Copyright

Créé par Isabelle Marchand (UQO), Christine Corbeil (UQAM), Carole Boulebsol (UdeM) et Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, 2020. Projet mené dans le cadre du Service aux collectivités de l’UQAM. Nous remercions le RéQEF pour le financement de ce projet.

Reproduction permise, sans modification et avec mention de la source.